Vendredi 18 avril 2008
Quelle heure est-il ?
Son coeur bat sourdement dans la frêle poitrine de M. Inerte , encore ensommeillée , elle écoute : aucun bruit ... Maman est déjà partie , il doit donc être plus de 6 heures...mais quelle heure exactement ?
En même temps que M. , l'angoisse s'éveille tout à fait dans la solitude...Alice doit venir normalement , il n'y a qu'à attendre...Pendant un temps qui lui paraît interminable , elle espère le pas pressé , le souffle précipité d'Alice , toujours en retard ,le maigre visage boutonneux , le sourire d'excuse où elle puisera son quota d'espoir pour la journée .
Mais souvent Alice ne vient pas . M. ignore les raisons de ses absences , de ses retards , elle n'ose rien dire , elle n'a rien à dire , il y a un ordre ou un désordre des choses qu'elle ne comprend pas . Elle ne comprend rien , d'ailleurs...
Tremblante , M. finit par se lever , pose ses pieds nus sur les tomettes glacées soigneusement cirées . Elle fait trois pas vers la cuisine , saisit à deux mains , sur le buffet , le gros réveil noir au tic tac sonore , et le regarde avec l'espoir qu'il va lui révéler son mystère...mais les chiffres se dérobent et tout s' embrouille , s'envase , s'enfuit , le temps , l'espace et elle dans cet espace et dans ce temps qui ne veulent pas d'elle où elle ne sait que faire son coeur bat si fort si fort qu'il prend toute la place en elle dans sa gorge ses tempes ses oreilles qui bourdonnent... Ses jambes vacillent...dormir , rêver jusqu'au retour de maman ce soir comme ce soir est loin que d'obstacles il va falloir vaincre avant le moment béni où maman sera là et où tout sera à sa place juste , et où elle aussi , M. , sera à sa juste place...mais elle fera les geste habituels : un brin de toilette , un morceau de pain dans du lait froid , tant pis , puisqu'Alice n'est pas venue... La peur d'être en retard la rend fébrile , vite elle passe les vêtements restés la veille au pied du lit , lisse d'un coup de brosse ses cheveux blonds et raides qu'elle ne sait pas natter , se saisit du lourd cartable et dévale les étages... Le fou du rez de chaussée n'est pas là et ne s'agrippera pas à elle avec ses doigts froids et gluants...
Il n'y a pas d'enfants sur le petit chemin gravillonné . M. ne sait pas si elle est en retard ou en avance...Dans le doute elle marche aussi vite qu'elle peut...Où sont les autres ? Pourquoi le chemin est-il désert ? Le chemin est désert le monde est désert le ciel l'univers sont déserts M. a peur l'angoisse l'enveloppe la soulève elle lève le visage vers le ciel n'est plus qu'un point minuscule une bulle qui s'élève légère hésitante entraînée par le vent sans liens sans guide sans raison d'être sans but...L'école pourquoi il faut ? Il faut !...
Entre les cyprès , le jardinier du champ d'à côté la regarde passer : il ne voit qu'une fillette ordinaire , au manteau rouge trop court , serré aux entournures . Les longues jambes maigres se déplacent à une allure stupéfiante . Elle balance un peu son corps entraîné vers la droite par un gros cartable . Ses longs cheveux blonds soulevés par le mistral environnent sa tête de mèches sauvages puis sont brusquement rejetés en arrière , révélant un teint pâle , un profil ferme et bien dessiné , un regard sombre et entêté , une bouche close un peu crispée...
ll se dit qu'elle a l'air bien décidée , cette enfant , et se demande ce qui la fait tant se hâter , puisqu'il est si tôt .
par jane
publié dans :
Littérature , mots, réflexions
communauté :
L'écriture dans tous ses états
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De toutes façons , c'est une peinture abstraite , et c'est tout !!
Bonne visite ici et partout ailleurs.
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